CARNETS
Pour ouvrir ces carnets, je vous dirai que l'idée me vint de créer ce site en constatant que ma page Wikipédia avait été amputée d'informations importantes et parfaitement vérifiées. Bref, j'ai résolu de ne plus dépendre de petits chefs qui s'arrogent le droit d'intervenir sur des sujets qu'ils ignorent. On reconnaîtra là mon heureux caractère. Selon l'humeur du moment, je publierai des poésies, des photos, des commentaires ; il m'arrivera même (c'est bien probable) d'y faire de la politique...
A bientôt.
21 août.
La capacité de Balzac à radiographier tout un monde (paysans, cousettes, petits et grands bourgeois, prêtres, aristocrates, etc.) est proprement vertigineuse. Les plus grands romanciers, ceux-là mêmes qui lui sont supérieurs (Dostoïeski), n'ont jamais possédé cette force visionnaire. Et pourtant... J'avais repris mes lectures balzaciennes avec une désastreuse Femme de trente ans, patchwork cousu de grandes tirades empha-tiques, que j'avais tout à fait oublié. Quelques jours plus tard, l'accablant Médecin de campagne (mélange d'économie rurale et de filandreuse philanthropie) m'aurait, je crois, dégoûté de poursuivre. Par bonheur, entre-temps, Ferragus, chef des Dévorants, me remit en selle. Quel tour de force que ce petit feuilleton policier traversé par l'intuition tragique de "la Comédie humaine" ! La Maison du Chat-qui-pelote, Eugénie Grandet et César Birotteau me réconcilièrent tout à fait avec le génial Honoré.
6 août.
Il y a peu de jours, j'ai reçu le livre d'hommages à la mémoire de mon vieil et généreux ami Mario Andrea Rigoni (1948-2021), brillant universitaire, auteur d'essais définitifs (sur Leopardi notamment) et de proses décapantes, devenu poète, et poète d'une singulière originalité, avec la maladie qui allait l'emporter. Dans ce bel ouvrage (La nuda visione delle cose. Omaggio a Mario Andrea Rigoni, La Scuola di Pitagora, 2026), j'ai apporté une modeste contribution sous la forme de traductions de poésies inédites en français. En voici une où je retrouve mon vieil ami dont le désespoir métaphysique gagnait toujours sur l'amour de la vie et de la beauté.
Le jour semble lavé de frais.
une danse légère d'herbes et de feuilles, qu'accompagne un aimable murmure comme une musique qui ne saurait mentir, relie les veines secrètes de la terre. Mon moi, qui d'ordinaire n'habite pas mon corps - hôte provisoire et distrait - sent à présent ses os et sa chair adhérer à sa peau, et sa peau à la peau du monde, comme dans une ronde immémoriale. grâce instantée, ciculaire plénitude, avant que l'infortunée conscience brise cette harmonie et la disspe au vent.
2 août.
A Marseille et ailleurs, le Collectif chrétien contre le génocide se mobilise. Main dans la main avec l'Union juive française pour la paix.
Le comportement proprement barbare d'Israël depuis près de trois ans n'est autre que la poursuite d'une entreprise géno-cidaire inscrite dans les déclarations suprémacistes des fondateurs de l'Etat israélien (Ben Gourion, Menahem Begin, Moshe Dayan, etc.), partiellement réalisée lors de la Nakba (1948) et reprise avec la colonisation progressive de la Cisjordanie. Voyez mon Un humanisme à géométrie variable. Réponse à Jean-Yves Masson sur le génocide des Palestiniens (https://arcadesambo. com/titres/un-humanisme-a-geometrie-variable).
1er août.
Travaillant à l'édition de Huit études sur Verdi, j'ai fait une moisson d'images, souvent imprévues. En voici quatre. De gauche à droite : Manrico entonnant "Di quelle pira" (acte III du Trouvère), chromolithographie de Luigi Morgari ; Adelina Patti dans le rôle de Leonora (Le Trouvère), photographiée par Camille Silvy, Londres, 1860 ; la soprano hongroise Ilona Ladányi dans le rôle d'Oscar (photo Pál M. Vajda, 1932 ca), enfin Fastaff dans une aquarelle de Mihály Zichy (1873), Musé de l’Ermitage, Saint- Pétersbourg.
28 juillet.
J'ai le plaisir de publier ici une poésie (aux accents léopardiens) que je viens de recevoir de notre ami Michael Taylor, dont ARCADES AMBO a publié en septembre 2025 un recueil traduit par Pascal Riou : Travels around my home / Voyages autour de chez moi.
IF ONLY
If I too could glide
above the roofs
shrilling in the last light
the darkening lane
the shadows embracing the earth
while they skim
turning again and again
as easily as dancers on ice!
I sit here watching
listening to their untamed shrieks
in the growing darkness
and imagine they are free.
Michael Taylor est l’auteur de plusieurs recueils de poésies et de nombreux essais. Il a notamment écrit sur Victor Segalen, la découverte du Tibet par l’Occident, le poète américain W. S. Merwin, les peintres Rembrandt et Vermeer, ouvrages publiés dans plusieurs langues. Il est traducteur et a longtemps travaillé dans l’édition en France.
25 juillet.
J'ai lu ce livre en une nuit.
L'auteur, Gérard Haddad, juif, psychiatre et psychanalyste (que j'ai eu autrefois le plaisir de rencontrer à Paris) y dénonce avec une sombre beauté la folie criminelle de l'Etat d'Israël, qui trahit tous les idéaux du judaïsme. Parti trois ans à Jérusalem, Haddad y a rencontré son maître, Yeshayahou Leibowitz, le premier des grands intellectuels israéliens à avoir dénoncé le "judéo-nazisme" éclos en Israël, mais il est reparti dégoûté pour regagner Paris, où il vit depuis. Ces douze lettres écrites par-delà la mort à son maître attestent que la trahison est nécessaire "quand elle est l'ultime bouffée d'oxygène d'une cité devenue folle et meurtrière".
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